Entretien : Penser l’effacement

En référence à la biologiste Rachel Carson, nous nous interrogeons sur l’érosion de notre monde sonore et sur la perspective d’un printemps silencieux. 

Dramatiquement illustrée par cette image de nature morte, la crise écologique trouve l’une de ses racines et peut-être une de ses réponses dans l’évolution de notre sensibilité et de notre écoute : prêtant l’oreille aux chants et aux cris qui s’amenuisent dans la nature, nous sommes invité·es à penser l’effacement comme une nouvelle façon d’agir.

A la fin des années 1970, le compositeur Murray Schafer théorise le paysage sonore, avec la volonté de transcrire le fait que l’écoute, au même titre que la vision, peut se trouver face à des paysages non pas visuels, mais auditifs. Émerge alors une interrogation : comment préserver le patrimoine sonore qui nous relie à la nature, et, via la nature, à nous même ? 

Alors que Rachel Carson, autrice de Printemps silencieux (1962), fait le constat de l’érosion du paysage sonore par la pollution, qui diminue notre expérience de l’écoute, Murray Schafer décrit une écoute qui s’érode elle-même : avec la civilisation industrielle, l’écoute est de plus en plus brouillée.

C’est un parallèle rarement effectué que nous présente Camille Rhonat : l’effacement du paysage que représente Étretat, au travers de l’érosion de ses falaises, lui rappelle cette érosion du paysage sonore, qui s’accentue d’années en années. Paraphrasant le titre de l’ouvrage de Rachel Carson, il explique :

Le printemps silencieux, on y arrive à grands pas : en documentant la biophonie, on voit que depuis les années 80, on évalue à 50% les pertes de biophonie. Pour les insectes, ça va jusqu’à 75%.

Un entretien mené par Jindra Kratochvil

Avec Camille Rhonat, philosophe et DJ-conférencier, codirecteur de Superspectives et de La Trinité.

(Image : Claude Monet, Etretat, l’Aiguille et la Porte d’Aval, 1885. Collection particulière. Courtoisie photo Sotheby’s)

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