Dans cet épisode de Tribune d’Artisans, Laetitia Chalandon reçoit Eloïse Gastin-Desserre, agroforestière au Cabanon de San Peyre, à Peyrolles-en-Provence, venue parler de son activité et de sa démarche de conservation et de valorisation du patrimoine naturel et culturel provençal.
Pour façonner le design de son verger, elle explique avoir entrepris le développement d’un modèle agroforestier : en mixant sur une même parcelle grands arbres et culture maraîchère, son ambition était de recréer un cocon de biodiversité, avec des bienfaits climatiques (ombrage des arbres et formation d’un microclimat moins sec) et synergiques (par le biais des réseaux racinaires, qui vont faire circuler les microorganismes, nutriments et minéraux).
Son objectif est de redonner une place centrale à la variété du patrimoine naturel : malgré l’existence de plusieurs centaines de variétés différentes, la tendance est à l’uniformisation, ce qu’elle regrette :
“Ces variétés ont un énorme intérêt de résilience et d’adaptation. Elles ont également une portée émotionnelle, et c’est ce que je défends beaucoup dans mon rapport à la nourriture.”
Alors que plus de 30 000 espèces végétales sont comestibles, on s’appuie sur une poignée de cultures pour couvrir la majorité de nos besoins caloriques. Ce constat l’amène à se lancer dans la préservation des semences qui ont gardé l’entièreté de leur patrimoine génétique, comme l’oignon doux de Simiane, variété provençale printanière. À rebours des semences hybrides F1, calibrées pour être constantes mais étant dans l’incapacité de se reproduire, elle revendique “une forme d’authenticité” :
“Dans la nature, rien ne pousse de manière calibrée. Chercher un légume qui aura toujours le même goût et la même forme, c’est un biais.”
Consciente de l’impact du changement climatique sur la nature, elle réfléchit et agit pour adapter ses cultures. Elle découvre avec la fermentation la possibilité de conserver le vivant jusqu’au produit fini : cela a été un grand tournant pour elle, elle s’y est engagée et y a découvert un second souffle. Les produits fermentés sont généralement peu liés à nos souvenirs gustatifs, mais la finesse du travail d’Eloïse fait naître des saveurs incomparables. Et d’ajouter :
“Nous sommes des consommateurs de produits fermentés de tous les jours, mais nous l’ignorons: énormément de produits du quotidien sont produits de fermentation.”
Elle imagine sa ferme, dans les années à venir, comme un lieu ouvert, d’échange, avec une ambition de collectif et de partage d’un lieu qui a encore tant à enseigner.
Une émission de Laetitia Chalandon pour Radio Anthropocène, en partenariat avec le média culinaire et engagé Mâchon pas les mots.


