Les 22 et 23 janvier 2026 était organisé un séminaire scientifique sur les marges métropolitaines par les différents parcours du master Gestion des Territoires et Développement Local : Aménagement et Développement Durable des Territoires – Université Jean Moulin Lyon 3, Ingénierie des collectivités territoriales et stratégie foncière – Université Jean Moulin Lyon 3 et Développement Rural – Université Lumière Lyon 2. Ces trois parcours sont inscrits dans le département Aménagement et Sciences des Territoires (ASTRE) – Université Jean Moulin Lyon 3.
La notion de marge se décline en trois acceptions : une entrée spatiale (distance au centre) ; une entrée sociale (rapport à la norme) ; une entrée politique (interroger la métropole intégrée au regard de sa gouvernance). C’est ce que nous explique la géographe Monique Poulot (Université Paris Nanterre) invitée au séminaire scientifique des masters Gestion des Territoires et Développement Local. Elle montre lors de son intervention qu’il est nécessaire de rester critique vis-à-vis de cette notion de marge, qui n’est pas un concept. Pour autant, celle-ci n’est pas sans intérêt. Elle oblige à décentrer le regard qui habituellement part du centre pour aller vers la périphérie. Cela pose aussi la question de la gestion des ressources, de toutes les ressources. Reprenant les mots de Michel Agier (2003), elle souligne ainsi que « la ville est nue« , dans le sens où elle ne produit pas les ressources qui lui sont nécessaires. Enfin, elle propose de substituer au terme de marge, ceux de l’interface ou de l’entre-deux, qui lui semblent bien plus justes. Cette matière, en rebond, ouvre un champ de nouveaux questionnements.
Ce sont ces interrogations que l’équipe de Radio Anthropocène propose de soulever lors d’un plateau public vendredi 23 janvier à la Maison Internationale des Langues et des Cultures. Ce fut une troisième édition qui relie le département ASTRE et Radio Anthropocène. Retour sur cette édition.
Entretien A° : Zone des possibles
Noémie Perriet, étudiante au sein du master Gestion des territoires et Développement Local, revient sur sa participation au workshop Zone des Possibles, inscrit dans la programmation École de la résilience avec des étudiant·es issu·es de diverses disciplines. Il s’agissait de renverser le regard sur l’espace que constituent les zones d’activités économiques, en s’appuyant concrètement sur la zone industrielle Mi-plaine, située dans l’Est lyonnais.
Deuxième zone d’activités lyonnaise, un des secteurs les plus importants de l’agglomération en termes d’emplois, Mi-Plaine est à la fois extrêmement dynamique, toujours très attractive mais aussi singulièrement plurielle. La question de son développement et au-delà de son avenir se heurte aujourd’hui à la fois à l’absence de foncier disponible, tout autant qu’aux multiples obsolescences de ce modèle urbain : incapable de faire face au changement climatique dans ses espaces bâtis, ses surfaces de parking mais aussi ses espaces végétalisés ; inscrit dans une dynamique extensive qui se cogne aux limites de la ville ; fondé sur des modes de vie et des gros objets (aéroport d’affaire, centre des congrès, campus) qui risquent vite d’être dépassés et de devenir les friches de demain.
L’enjeu du workshop était d’élaborer de nouveaux imaginaires, plus résilients, plus joyeux, plus durables, s’impose comme une nécessité pour penser le futur de ce territoire.
“Il ne nous a pas été demandé de produire un bon projet ou une bonne solution, mais des futurs possibles. Il n’y a pas de futur unique, mais plutôt une pluralité de futurs possibles”.
Noémie Perriet
Une émission animée par Lou Herrmann.
Conversation A° : le groupe ALGAM
Cécile Bikoï et Elyne Borne, anciennes étudiantes en sciences sociales, urbanisme et sciences politiques, présentent leur groupe de musique folk ALGAM. Nom breton du village d’Augan, situé en lisière de forêt de Brocéliande, dans le Morbihan, une forêt liée aux sites historiques et aux légendes médiévales arthuriennes. ALGAM signifie “courbé”, “sinueux” en langue bretonne.
Elles interprètent Adventice, pour parler à celleux qui sont amené·es à quitter l’endroit où iels ont grandi pour rejoindre un ailleurs pour des raisons universitaire, professionnelle ou personnelle.
Elles ont spécifiquement écrit ce morceau pour ce séminaire dédié aux marges métropolitaines, sujet auquel elles sont sensibilisées.
“On l’a pensé comme ce personnage qui quitte un endroit où iel a grandi, c’est ce fait d’être émerveillé, nostalgique, quand on pense à la nature dans laquelle on a grandi. C’est aussi le fait de se sentir un peu déconnecté malgré cet attachement, qui provoque ce départ à la fois poétique et tragique.”
ALGAM (Cécile Bikoï et Elyne Borne)
Vous pouvez retrouver leur groupe sur Instagram : @algamalgame
Une émission animée par Lou Herrmann.
Conversation A° : Vallée du Rhône, candidate UNESCO
Faustine Maurin et Abdou Ssamad Saoudi ont partagé la candidature au titre de patrimoine mondial de l’UNESCO de l’association de Rhône en vignes. Ce projet part d’un constat : celui de la singularité des paysages de la vallée du Rhône, façonnés sur le temps long. L’association, créée en 2025, travaille avec les étudiant·es pour documenter et argumenter ce territoire, qui s’étend entre Vienne et Valence, pour sa labellisation.
Iels ont interrogé les habitant·es sur ce qui fait patrimoine pour elleux, et sur leurs potentielles craintes quant aux atteintes à l’intégrité du territoire. Il s’agissait ainsi d’évaluer s’il existait de possibles synergies entre ces inquiétudes et les actions publiques qui pouvaient être mises en œuvre pour la gestion du site.
“Ce qui est intéressant est d’analyser ce qui inscrit la Vallée du Rhône dans une dynamique patrimoniale commune du point de vue de l’intégrité et de la conservation.”
Faustine Maurin
La labellisation UNESCO apporterait aux habitant·es comme au territoire une réponse aux enjeux de transmission et de préservation.
Une émission animée par Lou Herrmann.
Entretien A° : ruralité versus urbain : qui est la marge de qui ?
Claire Delfosse, géographe ruraliste à l’Université Lumière Lyon 2, publie début février Arbre, Bruit, Cabane… Abécédaire affectueux de la ruralité aux Éditions Deux-Cent-Cinq, dans la collection À Partir de l’Anthropocène.
Claire Delfosse dispute l’affirmation que tout est urbain et montre que le rural, ni résiduel ni nostalgique, existe bel et bien. Qu’il est porteur d’innovations, et que depuis des décennies, chercheurs et acteurs agissent.
“On ne comprend pas le rural sans regarder le maillage urbain, des petites villes aux métropoles. Mais aujourd’hui, on y voit aussi beaucoup d’innovations, d’inventions, et cette idée de renversement des marges se voit aujourd’hui dans la culture : on a longtemps pensé que la création culturelle était en ville, mais il s’opère un renversement et une hybridation des choses, qui s’inventent en ville et se diffusent en milieu rural.”
Claire Delfosse
“On redécouvre des formes d’originalité, de spécificités du rural pour en faire des richesses face à des manques ou des difficultés.”
Claire Delfosse
Dans son abécédaire, le projet n’était pas de faire un dictionnaire de la ruralité académique, ne pas chercher une exhaustivité inatteignable, mais de faire des choix : au moins une entrée pour chaque lettre de l’alphabet ; mais des lettres qui suscitent plusieurs articles, et des renvois. Des entrées qui tissent une représentation féconde du rural contemporain.
Une émission animée par Valérie Disdier.
Entretien A° : Tarare, accès droit et santé
Yaël Molle-Robert est étudiante au sein du parcours Développement Rural. Elle a travaillé sur la question de l’accès aux soins dans le canton de Tarare, plus particulièrement en direction des personnes en situation de précarité. Elle y voit des marges sous trois perspectives :
La mobilité, puisque dans un territoire concerné par la désertification médicale, beaucoup d’habitant·es doivent se déplacer jusqu’à Villefranche, voire Lyon. En résultent deux dépendances : à la voiture, et à l’offre médicale de la métropole de Lyon.
La marge se situe également au sein même de la commune de Tarare, les offres médicales étant centralisées. Cela amplifie les problèmes de mobilité, d’autant que l’offre locale est peu diversifiée.
Quand on zoome encore, une troisième échelle apparaît à l’intérieur-même de Tarare : certain·es se situant en-dehors des parcours de soin, n’ayant pas accès aux droits qu’iels pourraient avoir :
“Il y a beaucoup d’acteur·ices du médico-social qui sont actif·ves sur ce territoire, mais l’on constate que l’existence des offres n’entraîne pas automatiquement une démarche d’aller vers. Alors, quels sont les freins à l’accès à ces services ?”
Yaël Molle-Robert
Yaël Molle-Robert apporte différentes réponses qui ont été identifiées : une fracture numérique, une incapacité de mobilité, mais également un racisme structurel au sein d’une ville à la population très diversifiée et comptant nombre de personnes racisées. C’est manifestement un frein psychologique pour de nombreuses personnes.
Une émission animée par Lou Herrmann.
Table-ronde : Métropole, des marges oubliées ?
Julie Bernard, architecte chez LALCA, Hugo Ribes, photographe au sein du Collectif Item, et Guillaume Gourgues, maître de conférence en sciences politiques à l’Université Lumière Lyon 2 et spécialiste des enjeux de démocratie participative, ensemble et depuis leurs prismes respectifs, abordent le sujet et les enjeux associés à la question des marges métropolitaines.
Le narratif selon lequel les métropoles tireraient les territoires derrière elles s’est heurté à la réalité, et on observe aujourd’hui une fracture territoriale grandissante, entre les territoires mais également entre les populations habitant en leurs seins.
“Pour les jeunes, le quartier agit à la fois comme un cocon et un carcan. Un cocon car il protège, notamment des discriminations. Mais à la fois un carcan, parce que pour s’émanciper, il faut pouvoir aller au-delà des murs pour se confronter à d’autres mondes.”
Hugo Ribes
Pour Julie Bernard, la ville s’est historiquement construite “contre”, et cette image perdure aujourd’hui : les villes se construisent contre un ennemi, lequel est mouvant.
“Ce qui est toujours frappant, c’est de voir la double-absence des classes populaires : à la fois elles ne sont pas là, mais cette absence, également, ne fait pas débat, ne pose pas problème.”
Guillaume Gourgues
Une toute petite fraction des intérêts sociaux contrôle aujourd’hui les interactions. Guillaume Gourgues, indique le recours au tirage au sort comme une solution à court-terme pour pallier le manque de diversité dans la représentation, qui finit par ne pas interroger la logique d’ensemble de ces dispositifs. Mais il remarque une fin de cycle face à cette exclusion sociale : “On est dans un moment où tout le monde essaye de définir ce que peut être une participation qui s’ouvre à des intérêts sociaux qui sont aujourd’hui mal représentés.”
“Il y a une morphologie de l’habiter qui est diffuse sur le territoire quand on n’a pas de logement conventionnel.”
Julie Bernard
Quand on est en dehors d’un logement conventionnel, on est contraint de se déplacer pour l’ensemble de ses besoins.
Hugo Ribes s’affirme critique de l’image qui est donnée des quartiers populaires : il décrit une attention pour son quartier qui ne se trouve nulle part ailleurs, alors même que l’on renvoie toujours leurs habitant·es à réfléchir sur leurs quartiers. “Il y réside beaucoup de valeurs dont on pourrait s’inspirer pour notre société”.
Une émission animée par Florian Fomperie.
Retrouvez tous les podcasts enregistrés durant ces deux heures de programmation sur toutes les plateformes de streaming audio.


