L’attention, nouvel eldorado ?

L’Odéon Club a accueilli Jean-Philippe Lachaux pour la première séance du cycle “Vers une société désinformée”. Directeur de recherche à Inserm, chercheur en neuroscience, il interroge les mécanismes cérébraux de l’attention, et explique comment celle-ci est devenue, dans nos sociétés contemporaines, un enjeu économique de premier plan.

Jean-Philippe Lachaux définit l’attention comme la différence entre la quantité d’informations sensorielles qui nous arrivent à chaque moment, et la capacité de traitement de ces informations. Dès lors, afin de parvenir à orienter les actions d’une personne, tout l’enjeu est de réussir à capter son attention, chose qui est de plus en plus difficile. 

Mais alors pourquoi ? Qu’est-ce qui pousse nos sociétés à éparpiller son attention, si bien qu’il est difficile pour chacun·e d’y résister ? 

Jean-Philippe Lachaux nous proposer d’aller aux racines du problèmes, et parle d’un 

système attentionnel qui a évolué au fil des millénaires, dans des environnements hyper stables. […] Ce système a été confronté tout à coup à une explosion du nombre de stimuli.

En résultent des problématiques de surcharge mentale, conséquences de cette hyperstimulation, puisque notre cerveau n’est pas fait pour ça. En clair, il n’a pas eu le temps de s’adapter à une telle croissance des stimuli. 

Dès lors, il s’intéresse à cette explosion de stimulis afin d’en connaître l’origine. Il met en lumière deux facteurs. Le premier est la disparition de la limite par le contexte physique. Auparavant, le contexte imposait un certain nombre d’actions et d’éléments délimités par le contexte physique dans lequel on se situait. Puis, les outils numériques ont fait disparaître cette limite, nous permettant d’être partout à la fois puisqu’on peut être partout à la fois : 

Quand on est dans une boulangerie, on est aussi au guichet de la sncf, dans un kiosque à journaux, devant des bandes annonces de films… on est tenté de ne rien manquer, donc ça va donner une attention qui peut rapidement passer d’une chose à une autre

Le deuxième est la captation de l’attention par les acteur·ices qui désirent être visibles. L’attention devient dès lors une réelle marchandise, à la source d’une bataille amplifiée via les outils numériques. Les données personnelles d’usage se retrouvent au centre du jeu, car elles constituent la clé vers le cerveau de la personne, et donc vers son attention. 

Alors que faire ? Jean-Philippe Lachaux propose un programme dénommé Atole (pour ATtentif à l’écOLE), qu’il a fondé en réponse à des besoins croissants de la part des enseignant·es, qui expliquent ne plus savoir comment capter l’attention de leurs élèves. 

S’il n’y a pas d’attention, il n’y a pas de transmission de savoirs.” 

Le problème, selon lui, est que l’on demande aux enfants de se concentrer, sans leur apprendre comment faire. Coconstruit avec des enseignant·es, le programme d’Atole se fonde sur plusieurs piliers, qui visent à expliquer aux enfants à bien placer leur attention, à la stabiliser, et à porter une intention claire sur cette attention, c’est-à-dire à travers la concentration. 

Sur cette question de la concentration, son dernier livre Le cerveau des champions vient en aide à l’analyse. Il explique que la concentration peut tout à fait être adaptée à des moments hyperdynamiques. Ainsi, 

La concentration est une adéquation de l’activité cérébrale à la tâche que l’on a à faire. Elle est donc parfaitement adaptée à des activités dynamiques.

Il explique plus en détail : 

S’il y a effort, il n’est pas dû à la concentration, mais à l’activité en question : on va être fatigué au bout d’un moment, mais tout simplement car on fait appel à des régions cérébrales qui vont au bout d’un moment épuiser leurs ressources. Mais si on bascule sur une autre tâche, on peut tout simplement rester concentrer sur autre chose. Il ne faut pas associer la concentration à l’effort.”

Son prochain livre, L’intelligence attentionnelle, paraîtra en septembre chez Odile Jacob.

Une rencontre animée par Valérie Disdier. Les rencontres de l’Odéon Club sont à retrouver en podcast sur toutes les plateformes de streaming audio.

L’Odéon Club, une heure pour commencer la matinée avec une longueur d’avance. En partenariat avec Tribune de Lyon, Lyon Décideurs et Extra l’Agence et avec le soutien de la Fondation Innovation et Transitions.

CR : Léo Poudré.

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