Conversation : Les imaginaires du voyage

En 2024, le tourisme international a connu une progression de 12,2 % par rapport à 2023 avec 1,465 milliard de touristes.

À Étretat comme en montagne, l’économie touristique renvoie à la création d’emplois, à la rénovation du bâti, à la valorisation de territoires,… mais aussi à la destruction des écosystèmes, à l’amplification des déplacements et de la production de déchets. Est-il alors encore possible de répondre à cet appétit sans limite ? Quel pourrait être le nouvel imaginaire du voyage ?

Rodolphe Christin nous explique que les ressorts du tourisme n’ont pas tant changé : le fait de s’éloigner de chez soi met au centre de l’expérience du voyage la question du récit. Le récit du voyage a émergé pour nous rendre familier·ères de mondes lointains.

Cependant, il apparaît que cette adhésion au tourisme constitue avant tout un marqueur social important. Si le récit du tourisme paraît être intégré de toutes et tous, la réalité est que les plus aisé·es demeurent les seul·es à partir en vacances. Valérie Paumier l’affirme :

À cause d’un récit selon lequel tout le monde skie, on nous fait croire que l’on doit continuer à aller à la montagne pour skier, en oubliant le reste de la montagne. La réalité est que l’on a moins de 10% des français qui skient”.

Au tourisme de masse, Rodolphe Christin préfère parler de “massification du tourisme” : les territoires se touristifient, au point de ne plus pouvoir y échapper.

Valérie Paumier propose une piste de réflexion : “Est-ce qu’on doit continuer à parler attractivité du territoire, ou d’habitabilité? La question est là.”. Celle-ci est poursuivie par Rodolphe Christin : 

Aujourd’hui, on est allé partout, il faudrait peut-être entamer un voyage de retour sur nos territoires. La question est de retravailler la vivabilité de nos espaces quotidiens : partir dès qu’on a du temps libre, c’est un symptôme d’invivabilité”.

Il ajoute : 

On devrait se demander comment vivre après le tourisme, avec moins de tourisme, et peut-être même sans tourisme. La question est celle du temps-libre : aujourd’hui, être en vacances c’est partir en vacances. Il faudrait pouvoir imaginer de rester autour de chez soi sans que cela soit synonyme de souffrance.

Valérie Paumier s’accroche à un espoir : les habitant·es de montagne ne se sont jamais autant organisé·es en associations et collectifs contre les politiques actuelles d’aménagement du territoire. Son association Résilience Montagne a d’ailleurs entamé un recours juridique contre l’État à propos des Jeux Olympiques 2030. Une première mondiale, qui invoque un déni de démocratie environnementale. 

Un entretien mené par Florian Fompérie

Avec Rodolphe Christin, sociologue et essayiste, il travaille sur les enjeux liés au tourisme et au voyage. Et Valérie Paumier, fondatrice de Résilience Montagne, association de sensibilisation aux conséquences du dérèglement climatique en montagne.

(Image : Eugène Le Poittevin, Les Bains de mer, plage d’Etretat, 1865. Collection particulière. Courtoisie image Sotheby’s)

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