« Le dessin est une parole de pouvoir »
Dans cette conférence-performance, Eric Valette s’essaie à l’exercice virtuose de dire et de dessiner en même temps.
Confrontant les peintures de l’artiste Abel Rodriguez, les croquis anthropologiques de Kon Wajirō, l’herbier de Rosa Luxemburg et son propre dessin en direct de mauvaises herbes glanées, il donne ainsi à voir autant qu’à entendre l’idée que le dessin est une « imitia – une parole de pouvoir ». Nommer comme décrire, dire comme dessiner, c’est toujours prendre une décision sur ce qui est important ou secondaire. Il oppose alors le vocabulaire graphique de l’herbier naturaliste occidental aux représentations autochtones foisonnantes de la forêt qui n’entendent pas classifier le règne végétal mais plutôt exprimer l’intériorité singulière des arbres, leur présence mystérieuse.
Les dessins de plantes d’Abel Rodriguez, les inventaires dessinés de la vie moderne japonaise de Kon Wajirō, l’herbier de prison de Rosa Luxemburg : ces expériences de dessin sont des expériences de connaissance du monde qui esquissent un projet de construction des savoirs opposé à celui des sciences prédatrices, grâce à leur attention polymorphe aux détails et aux accidents, à leur curiosité et à leur capacité à décrire sans surplomb.
Dessiner pour savoir est une proposition réjouissante car elle implique – à rebours des pensées supposément objectives de certaines épistémologies – de réintroduire de l’intentionnalité dans la connaissance, et ainsi de tenter d’aller vers un savoir plus juste : décrire et dessiner non pour prendre le pouvoir mais pour entrer en relation.
Une masterclass enregistrée durant la huitième édition du festival À l’école de l’Anthropocène, le 13 juin 2026.
Eric Valette est artiste et Professeur des universités en arts plastiques à l’Université de Picardie Jules Verne (Amiens), Centre de Recherche et Arts et Esthétique (CRAE). Membre fondateur du collectif Suspended spaces, il développe ses recherches artistiques au sein de ce groupe réunissant des chercheur·e·s de divers horizons pour interroger le rapport entretenu entre des situations géopolitiques sensibles et la recherche artistique contemporaine. Il participe au programme de conférences mensuelles Planétarium du Centre Pompidou à Paris (depuis 2020) sous la forme de performances graphiques.
Pour aller plus loin :
Rosa Luxemburg (2023). Herbier de prison. Genève : Héros-limite.
Anna Tsing, Jennifer Deger, Alder Keleman Saxena et Feifei Zhou (2025). Notre nouvelle nature. Guide de terrain de l’Anthropocène. Paris : Seuil.
Kon Wajiro (2011). Retrospective. Kyoto : Seigensha Art Publishing


