Programmation publique de Radio anthropocène en résonance avec l’exposition Etretat, par-delà les falaises.
Samedi 10 janvier 2026, 14h30-17h30, Musée des Beaux-Arts de Lyon, salle de conférence.
Formées sous l’eau il y a plusieurs millions d’années, les falaises sont constituées de dépôts d’organismes marins calcaires et de squelettes d’organismes siliceux. Elles se sont ensuite soulevées pour devenir ces sublimes géantes qui nous semblaient éternelles. Mais l’érosion provoque leur retrait et des éboulements de blocs allant jusqu’à plusieurs tonnes. Le 28 avril 2025, un arrêté municipal interdisait l’accès à certains sites des Falaises d’Étretat. Leur devenir est aujourd’hui mis en doute par le changement climatique et l’entrée dans un régime anthropocène. Considérer ce paysage comme un territoire sentinelle de l’Anthropocène, c’est peut être s’autoriser à faire d’une côte, confrontée à des risques toujours croissants qui menacent l’habitabilité d’un territoire, un phare pour mieux s’orienter sur les sols devenus incertains. Paysage mythique en voie de disparition mais avant cela en voie de mise à distance, nous aurons, pour nous en souvenir les photographies de Le Gac, les peintures de Courbet, Monet, Delacroix ou Corot, mais aussi les milliers d’images faites par de très nombreux amateurs. Trois heures de programmation pour comprendre les enjeux de notre époque, les conséquences de nos activités, les transformations à l’œuvre et ce que l’Art peut ouvrir.
Programme
14h30-15h30 (60’) : L’Art bousculé par l’Anthropocène et inversement
Quelles sont les formes créatives et les imaginaires propres à l’Anthropocène ? L’Anthropocène est cette époque, où les activités humaines, via les processus géochimiques enclenchés, sont responsables de perturbations telles que la Terre est en train de quitter l’équilibre climatique connu jusqu’au milieu du XXe siècle.
Avec Paul Ardenne, agrégé d’Histoire, docteur en Arts et Sciences de l’art, écrivain et romancier, il est l’auteur de plusieurs études relatives à l’éco-culture, notamment Un Art écologique. Création plasticienne et anthropocène (Le Bord de l’Eau, 2018, rééd. 2019 et 2021). À titre de curateur, il a aussi consacré à ce thème plusieurs expositions : « Courants verts. Créer pour l’environnement » (2020, Paris), « L’anthropocène, et après ? » (2020-2021, Saint-Denis, La Réunion) ; « Âmes vertes. Quand l’art affronte l’anthropocène » (2025, Marseille). Il a été le producteur, pour France Culture, du cycle d’émissions « L’art est l’environnement » (2023) ;
Thierry Boutonnier, artiste, il revendique ses origines agricoles et développe des projets artistiques autour de la question de la domestication. Il s’emploie à développer des projets collectifs ancrés dans des territoires spécifiques. Actuellement il mène le projet artistique et co-créatif d’écologie urbaine et d’arboriculture Cross Fruit à Genève ;
Michel Lussault, géographe, professeur émérite d’études urbaines à l’École normale supérieure de Lyon. Il travaille depuis la fin des années 1980 sur la relation des individus à leurs espaces de vie. Il a présidé Arc en Rêve centre d’architecture, dirigé le programme École urbaine de Lyon (2017-2023) et il préside La Villa Gillet – maison internationale des écritures contemporaines -. Il a dirigé la série documentaire « Hyper-Lieux » (France Télévision, 2024). Son dernier livre paru est Cohabitons ! Pour une nouvelle urbanité terrestre (Seuil, 2024).
Animation : Valérie Disdier, Cité anthropocène
15h40-16h00 (20’) : Étretat, par-delà les falaises
Étretat est découvert au début du XIXe siècle par des artistes séduits par le sublime de ce décor, avec ses falaises et ses portes taillées dans la craie. Alors que ce site est aujourd’hui en péril, fragilisé par une surfréquentation touristique et l’érosion des falaises, l’exposition Étretat, par-delà les falaises interroge notre regard sur le paysage : comment un motif s’est-il ainsi détaché, par l’impact conjugué de la littérature et de la peinture, jusqu’à investir un rôle symbolique et devenir un emblème identitaire, connu par-delà les frontières ?
Avec Stéphane Paccoud, conservateur chargé des peintures et des sculptures du XIXe siècle du musée des Beaux-Arts de Lyon, et membre de l’équipe de commissariat de l’exposition Étretat, par-delà les falaises.
Animation : Jindra Kratochvil, Cité anthropocène
16h00-16h30 (30’) : Quand la côte s’efface
L’observation du trait de côte, cette ligne mouvante qui sépare le milieu continental du milieu marin, permet de surveiller l’érosion du littoral. Et cette érosion des côtes est un phénomène ancien mesuré depuis plusieurs décennies. Cependant, les chercheurs anticipent une accélération qui pose des problèmes grandissants en termes d’occupation des bords de mer, qui tout au long du siècle dernier ont été sur-urbanisés partout dans le monde.
Avec François Sabatier, Directeur adjoint de l’Institut OCEAN, responsable du master COAST à Aix-Marseille Université. Ses recherches se concentrent sur l’observation, la quantification et la prévision de l’érosion côtière, et il s’intéresse maintenant aux solutions basées sur la nature pour anticiper et s’adapter au changement climatique.
Animation : Lou Herrmann, Cité anthropocène
16h30-16h50 (20’) : Penser l’effacement
En référence à la biologiste Rachel Carson, nous nous interrogerons sur l’érosion de notre monde sonore et sur la perspective d’un printemps silencieux. Dramatiquement illustrée par cette image de nature morte, la crise écologique trouve l’une de ses racines et peut-être une de ses réponses dans l’évolution de notre sensibilité et de notre écoute : prêtant l’oreille aux chants et aux cris qui s’amenuisent dans la nature, nous sommes invités à penser l’effacement comme une nouvelle façon d’agir.
Avec Camille Rhonat, philosophe et DJ-conférencier, il est codirecteur de Superspectives et de La Trinité.
Animation : Jindra Kratochvil, Cité anthropocène
16h50-17h30 (40’) : Les imaginaires du voyage
En 2024, le tourisme international a connu une progression de 12,2 % par rapport à 2023 avec 1,465 milliard de touristes. 631 millions d’entre eux sont allés en Europe avec une préférence pour la Méditerranée, les grandes capitales culturelles et les itinéraires transfrontaliers. Et la France est le pays le plus visité au monde avec 102 millions de touristes. L’économie touristique renvoie à la création d’emplois, à la rénovation du bâti, à la valorisation de territoires, … mais aussi à la destruction des écosystèmes, à l’amplification des déplacements et de la production de déchets. Est-il alors encore possible de répondre à cet appétit sans limite ? Quel pourrait être le nouvel imaginaire du voyage ?
Avec Rodolphe Christin, sociologue et essayiste, il travaille sur les enjeux liés au tourisme et au voyage. Depuis sa thèse soutenue en 1999 – L’imaginaire voyageur : socio-anthropologie d’un désir nomade contemporain -, il a développé une critique du développement du voyage diffusée notamment avec plusieurs ouvrages. Son dernier livre paru est Peut-on voyager encore ? (Écosociété, 2025) ;
Valérie Paumier, fondatrice de Résilience Montagne, association de sensibilisation aux conséquences du dérèglement climatique en montagne pour y faire advenir une transition nécessaire vers une résilience territoriale dans les vallées alpines.
Animation : Florian Fompérie, Cité anthropocène
Réservations sur le site du Musée des Beaux-Arts : https://www.mba-lyon.fr/fr/fiche-programmation/journee-art-et-ecologie


